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Session du Conseil régional Rhône-Alpes du 27 mai 2010
Une nouvelle étape pour le développement economique, l’emploi et la formation en Rhône Alpes
Intervention Pierre Meriaux
Le 31 mai 2010 / nb de visites 88 Monsieur le président, chers collègues, Depuis le dernier trimestre 2008, la voracité du capitalisme financier dérégulé nous fait subir une crise sans précédent, multiforme : économique, sociale, climatique, énergétique, alimentaire. Face à l’épuisement d’un système basé sur l’exploitation sans limite de ressources finies et sur la captation croissante des richesses par une infime minorité, dont la règle d’or est "profits privatisés, pertes socialisées", il est urgent de réagir en changeant de cap, en affrontant la crise de civilisation dont parle Edgar Morin notamment. La Région Rhône Alpes, de par sa vocation industrielle et son ouverture à l’international, a été frappée de plein fouet avec des conséquences désastreuses en terme de défaillances d’entreprises et d’emplois détruits : le taux de chômage officiel (les demandeurs d’emploi de catégorie A) a augmenté de 14 % en un an et même de 24 % pour les plus de 50 ans, décrétés inemployables en masse. Hélas, les 252 561 chômeurs officiels de Rhone-Alpes sont renvoyés vers un Pole Emploi en pleine crise du fait d’une fusion décidée à la hâte (fruit de la RGPP), avec d’énormes difficultés à faire valoir leurs droits à indemnisation et à une formation professionnelle de qualité, d’où la nécessité de construire vite le Service Public Régional de la Formation. Notre système de travail productiviste est en crise, avec des conditions de travail trop pénibles, notamment pour les salariés les moins qualifiés, souvent issus de l’immigration, avec des incitations au maintien dans l’emploi des "seniors" pas assez efficaces pour contrer les politiques d’emploi basées sur l’exclusion des moins adaptables, dont les seniors, les femmes, les précaires,... ce qui fait beaucoup de monde au final ! Dès lors la "solution" UMP-MEDEF du recul de l’age légal de départ en retraite ne vise qu’à faire baisser le montant moyen des pensions et à appauvrir encore le salariat sans toucher aux formidables inégalités protégées par le bouclier fiscal ni remettre en cause un système de production basé sur la mise en concurrence généralisée des salariés entre eux, la guerre du "tous contre tous" au nom du "travailler plus pour gagner la même chose ou moins", politique qui détruit le lien social et la solidarité entre générations. C’est pour cela que nous saluons la mobilisation nationale de ce jour contre une nouvelle régression sociale du sarkozysme. Car la mobilisation contre le recul de l’âge légal de la retraite porte des valeurs allant au-delà du rééquilibrage du déficit financier du régime des retraites. En adoptant un plan de soutien à l’économie et à l’emploi et en renforçant ses mesures en faveur des salariés, la Région Rhône Alpes a limité autant que faire se peut les effets de la crise mais le pire est peut être encore à venir, l’INSEE venant d’annoncer l’arrêt brutal du moteur de la consommation interne (0 % au 1er trimestre 2010). Face à un modèle de développement qui nous mène dans une impasse, une croissance molle ou une nouvelle récession avec dans les 2 cas une situation de l’emploi encore plus dégradée, la Région doit désormais s’engager résolument vers une "nouvelle économie", plus juste et plus efficace, par un plan volontaire de conversion des filières menacées tout en préservant les droits des salariés et en reprenant le contrôle sur nos vies. En effet le prochain pic de production du pétrole va faire envoler son coût, ce qui déstabilisera profondément notre économie basée sur un pétrole bon marché : un baril à 150 dollars (comme en 2008) coûterait environ 1 point de croissance. Or il n’est pas impossible que le baril monte beaucoup plus haut, notamment vu la dégradation du taux de change Euro-Dollar ou la nécessité de renforcer les règles de sécurité ou de renoncer à certains forages en mer après la nouvelle catastrophe écologique déclenchée dans le Golfe du Mexique par la rapacité de BP. Il est donc urgent d’anticiper pour éviter que cette mutation profonde de l’économie se fasse sur le dos des salariés en raison de l’imprévoyance des dirigeants. Compte tenu de la réforme des collectivités territoriales en cours et de la politique d’étranglement financier qui l’accompagne, ce virage s’effectue dans un contexte de restrictions budgétaires rendant plus nécessaire que jamais le choix d’interventions publiques efficaces et de ce fait orientées vers l’avenir. C’est le seul choix rationnel et pertinent, les gisements d’emploi dans la nouvelle économie ayant été chiffrés à plus de 500 000 emplois d’ici 2020 (+ 164 000 emplois sur la seule Ile de France avec une baisse de 40 % des GES d’ici 2020 et un baril à 120 €, étude CIRED-CNRS de Janvier 2010). Nous avons besoin d’une nouvelle alliance entre les salariés, les consommateurs et les entrepreneurs responsables (et il y en a de plus en plus) afin d’orienter les productions et leurs modes de fabrication vers des solutions écologiquement et socialement adaptées aux défis de l’heure et qui soient cohérentes avec les engagements internationaux de la France en terme de changement climatique : Réorientons les aides publiques à la recherche vers l’écotoxicologie, la mesure et la prévention des risques pour l’Homme et la nature, pour développer très vite une industrie moins dépendante du carbone, moins polluante, avec des produits à plus forte valeur ajoutée, à durée de vie plus longue, recyclables, dans le cadre d’une économie de la fonctionnalité, seul moyen de préserver des emplois industriels non délocalisables. Protégeons les salariés avec des Contrats de Sécurité Emploi Formation permettant d’assurer une continuité de revenus pendant les formations nécessaires à la transformation de l’économie, en mobilisant toutes les ressources (notamment les fonds de formation professionnelle des OPCA, de la région, de l’Etat comme en Franche-Comté) en continuant à développer le dialogue social territorial qui est une des richesses de notre région. Appliquons l’éco et la socio-conditionnalité des aides publiques aux entreprises pour chasser les "chasseurs de primes" et veiller à une bonne utilisation de l’argent public. Développons l’E-activité (télétravail et administration, avec un réseau numérique à haut débit partout), les emplois dans l’artisanat, le commerce de proximité, les circuits courts, l’agriculture paysanne, l’économie sociale et solidaire porteuse d’un autre modèle économique et social. Nos projets font l’objet d’un consensus de plus en plus large dans les milieux socio-économiques, conscients des risques pour l’emploi en cas de maintien du système actuel. Citons à titre d’exemple 3 déclarations récentes : l’intervention commune des partenaires sociaux (patronats et syndicats) de Rhône-Alpes le 26 avril 2010 : "c’est la structure même de notre activité économique, en particulier industrielle, qui est aujourd’hui en jeu". la déclaration commune des 7 organisations syndicales de salariés du 26 avril : " (...) La crise nécessite une autre approche économique et sociale, notamment pour faire face aux changements de génération des procédés industriels, en définissant des opportunités nouvelles et des potentialités. Nous devons avoir un regard différent pour préparer l’avenir, en portant des lunettes différentes de celles que nous avions avant la crise." la CGT Rhône-Alpes lors des Etats Généraux de l’Industrie, début 2010 :" La crise actuelle ne trouve pas sa source que dans la bulle financière et spéculative, elle provient aussi, de façon structurelle, des non réponses (ou des réponses différées) industrielles à un certain nombre d’exigences qui se sont faites jour du côté de la demande (coût des énergies, montée rapide de la volonté de privilégier un développement plus durable...). Il ne saurait donc y avoir d’issue véritable à cette crise sans la prise en compte de ces exigences sociétales. Et c’est même la capacité à répondre à ces exigences qui doit devenir le principal critère de performance économique, en remplaçant le critère de compétitivité qui conduit à mettre en permanence les potentiels productifs et humain en concurrence sur la base du moins disant social et environnemental." Mais, comme le démontre la parodie du dépeçage du Grenelle 2 par l’UMP, il faut une forte impulsion politique pour faire réellement vivre ces propositions en toute indépendance des lobbys productivistes. C’est notre projet en Rhône-Alpes comme nous l’avons consigné dans la "feuille de route" d’entre 2 tours dont l’essentiel du contenu se retrouve dans cette délibération majeure sur l’emploi et la formation. Voilà pourquoi nous soutiendrons activement cette délibération. |
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