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Conseil Municipal de Grenoble du 14 juin 2010
Rocade Nord de l’Agglomération Grenobloise : Position de la Ville de Grenoble pour les suites à donner
Intervention d’Olivier Bertrand
Le 22 juin 2010 / nb de visites 46

Cette délibération, totalement modifiée par rapport à celle transmise en commission urbanisme et dont nous n’avons eu connaissance qu’en début d’après midi, impose de rappeler quelques faits :

- Le Conseil général a lancé son nouveau projet de rocade Nord en janvier 2006. Dès cette première délibération, il appelait les autres collectivités, notamment la Métro et la Ville de Grenoble, à se prononcer. Pourtant, ce projet de rocade n’a jamais été soumis à notre Conseil. Pendant 4 ans, les élus grenoblois n’ont jamais eu leur mot à dire sur un projet qui a pourtant été au cœur de l’actualité politique de notre ville.

- Lorsque pour la première fois, à la suite de l’avis défavorable de la commission d’enquête, notre Conseil a l’occasion de se prononcer, votre décision, Monsieur le Maire, est de convoquer un conseil municipal à huis clos, comme si ce sujet était tabou et ne devait absolument pas être entendu de la population. Cette décision était tellement grave que vous avez été désavoué et que vous avez du mettre ce débat à l’ordre du jour d’un Conseil municipal public. Nous avons donc eu connaissance d’un projet de délibération, distribué en commission urbanisme. Aujourd’hui, en début d’après midi, nous apprenons, Monsieur le Maire, que vous avez retiré votre délibération et qu’elle est remplacée par celle que nous avons sous les yeux. Ce que montre ce processus, et ce que montre d’ailleurs la délibération qui nous est soumise, c’est que vous avez géré ce dossier d’une manière purement politicienne. Mais ce que montre aussi les volte-face de dernière minute sur ce dossier, c’est que vous naviguez à vue sur ce dossier des déplacements d’une grande importance pour les Grenoblois. En quelques heures, vous faites disparaître le terme de Rocade Nord de la délibération mais sans pour autant rien changer sur le fond. On peut donc qualifier cette délibération d’hypocrite. Elle ne cite plus le terme Rocade Nord mais elle transpire la Rocade Nord à toutes les lignes. Nous le disons très clairement, il ne s’agit pas de se cacher derrière son petit doigt, en utilisant des artifices de forme. Cette délibération cherche, avant tout, à préserver un nouveau projet de Rocade. La meilleure preuve est qu’elle s’appuie sur le concept dit multimodal qui inclut, je cite, « la mise en service d’un contournement complet de l’agglomération ». C’est dans la délibération. Cette délibération ne fait que reprendre la délibération de la Métro qui, elle, n’a pas les mêmes hypocrisies et qui dit franchement, je cite encore, qu’elle « confirme la pertinence du concept multimodal des déplacements et par voie de conséquence la nécessité de réaliser le contournement Nord de l’agglomération grenobloise ». A force d’être triturés dans tous les sens, certains paragraphes de la délibération deviennent même incohérents voire presque rigolo. Il est rappelé la nécessité d’étudier une hypothèse avec un haut niveau d’insertion visuelle, phonique et environnemental. Evidemment, ce haut niveau ne concerne pas les bus et les vélos mais comme il ne faut pas écrire Rocade Nord, ce haut niveau ne se rapporte à rien. Il y a quand même une raison de se réjouir. Si cette délibération a autant évolué jusqu’à aujourd’hui, c’est que certains élus de la majorité sont de plus en plus hostiles, Monsieur le Maire, à votre acharnement politique sur la Rocade. Ils vous ont obligé à, au moins, ménager la forme. Mais la délibération qui nous est soumise montre clairement que vous restez partisan d’un nouveau projet. Cette hypocrisie ne peut plus durer. Tout le monde sait que le projet d’une nouvelle rocade est purement illusoire.

- Le projet de contournement Nord de l’agglomération grenobloise date très exactement de 1954. Sans faire de l’archéologie politique, on peut quand même constater que, depuis 1990, 5 projets ont été étudiés. Tous ont échoué. Des dizaines de millions ont été dépensées. Des personnes ont du vendre leurs maisons. Des logements sociaux, comme la citée des Martyrs, ont été vidé de leurs habitants. Et tout cela en pure perte.

Il nous semble aujourd’hui important de souligner un point : lors du débat de la Métro et dans certaines interviews, et d’après ce que vous venez de dire aussi Monsieur le Maire, plusieurs responsables socialistes ont essayé de faire croire que l’avis négatif de la commission d’enquête est essentiellement dû à un problème d’insertion urbaine. La ficelle est vraiment très grosse : il suffirait de modifier le projet pour mieux l’insérer dans le tissu urbain et le problème serait réglé.

Rappelons donc en quelques mots ce que disent les conclusions de la commission d’enquête.

Concernant les déplacements, la commission indique :

- « Ce projet aggrave incontestablement la saturation des voiries et le problème des bouchons ».

- « La rocade Nord rentre en concurrence avec les transports en commun et fait diminuer leur part modale. »

- la rocade Nord « ne déleste pas significativement la rocade sud  » et ce délestage s’estomperait au bout de quelques mois

Concernant la pollution, les commissaires notent une manipulation grossière : les lieux les plus sensibles et notamment le Centre Hospitalier Universitaire n’ont pas été inclus dans le périmètre d’étude des polluants. Elle indique que « Ces lieux sont pourtant « parmi ceux les plus exposés, les plus sensibles, les plus fréquentés de l’agglomération... »

La commission critique aussi l’absence de plan de financement, l’équilibre financier, la faiblesse artificielle du coût du péage. Elle s’en prend sévèrement à la consultation bidon de l’été 2007.

Si vous prenez un peu de temps pour lire ce que les écologistes et les associations opposées au projet ont produit depuis 3 ans, vous constaterez facilement que ces critiques sont évidentes. Il a fallu quelques 20 000 000 € en études souvent bidon pour faire croire que ce projet était d’intérêt général. Avec de simples moyens militants nous avons pourtant très facilement montré que ce projet était totalement aberrant.

Les aberrations sont tellement énormes qu’on ne va pas toutes les lister. J’en resterai à un point qui concerne très directement la ville de Grenoble.

Je m’étais inquiété ici même, en mars 2009, de l’incompatibilité entre l’échangeur des martyrs sur la presqu’île scientifique et le développement des transports en commun sur la presqu’île.

Madame Geneviève Fioraso m’avait répondu « c’est faux  ». Elle précisait même, je cite : « la rue des Martyrs deviendra une avenue similaire aux grands boulevards  ». Monsieur Chiron et Monsieur de Longevialle m’avaient aussi répondu dans des propos assez condescendants. 

Or, ce que l’on constate, c’est que non seulement il y a eu mensonge, mais nous avons maintenant la preuve que vous saviez que la rocade rentrait en contradiction totale avec le développement des Transports en Commun et qu’elle est la raison principale de l’énorme retard du prolongement de la ligne B de tram.

Ce que l’on a appris par les commissaires enquêteurs, c’est page 84 du rapport si vous voulez le lire, c’est qu’une étude dite de « simulation dynamique » avait été effectuée pour connaître l’impact du trafic de l’échangeur. Je ne vais pas tout citer, je vais simplement prendre les conclusions de l’étude et ce qu’en dit la commission qui considère que l’échangeur des Martyrs aura un impact très lourd, je cite :

- « impact non négligeable sur la politique des Transport en Commun »

- il « va à l’encontre du 4ème objectif majeur du projet urbain de la presqu’île : favoriser l’accessibilité du site notamment grâce aux transports en commun »

- il « contredit (...) les hypothèses de circulation présentées par la Ville de Grenoble dans son projet d’intégration de nouveaux aménagements et dans le développement de l’esprit « campus » et d’une presqu’île apaisée. »

- il remet « en cause la vocation et le réaménagement urbain de la presqu’île ».

C’est quand même des éléments qui méritaient d’être cités parce que je suis persuadé que pas grand monde n’a lu les 150 pages du rapport. Il apparaît donc clairement que vous avez volontairement caché les résultats de cette étude et que vous avez soutenu jusqu’au bout un projet qui remettait en cause toute la logique du projet presqu’île. Il apparaît donc évident que la rocade, comme nous l’avons toujours dit, a été privilégié par rapport à des projets connexes dont le premier d’entre eux est le prolongement de la ligne B. On comprend aujourd’hui beaucoup mieux l’énorme retard annoncé. Pour réaliser seulement 2 arrêts, on a déjà pris 5 ans de retard.

Nous sommes donc en totale contradiction avec les effets d’annonce de la délibération et tout ce qu’il faudrait faire à l’avenir et qui ne mange pas beaucoup de pain. Il y a ce que vous écrivez, l’énorme communication que vous déployez et il y a les faits.

Ca rappelle un petit peu le grand plan métropolitain pour les déplacements qui a été présenté dans toutes les collectivités de l’agglomération et qui, aujourd’hui, a accouché d’une souris. Il nous semble donc qu’il est aujourd’hui primordial de se pencher vers des solutions d’avenir, d’élaborer un Plan de Déplacements Urbains 2012-2020 sans Rocade Nord et mon collègue Gilles Kuntz précisera nos propositions.

Après rejet des 2 amendements de la droite (50 contre -Verts, Ades, Alternatifs / PS / MoDem / PC / Go ; 9 Pour - UMP), la délibération est adoptée. Votes :

15 Contre (Verts, Ades, Alternatifs / UMP)

44 Pour (PS / MoDem / PC / Go)



 
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